Le halo du chômage : ces « portés disparus » du discours politique

Avec 68 000 chômeurs de moins en France d’un côté mais 65 000 personnes de plus versées dans le halo du chômage, de l’autre, le bilan de l’emploi pour l’année 2016 mérite mieux que l’habituelle litanie des satisfactions / contestations des politiques. D’autant que la différence ténue entre les deux résultats ne préserve même pas de la marge d’erreur de 0,2 % propre à ce type de décompte et pourtant régulièrement rappelée par l’Insee.

La simplicité habituelle des commentaires peine à rendre compte des réalités complexes que vivent de plus en plus de Français. En lisière des trois critères du chômage retenus par le Bureau international du travail (BIT) qui sont de ne pas occuper d’emploi, d’être disponible pour en prendre un et d’être en recherche effective, une part croissance des personnes sans activité n’est plus comptabilisée. Parmi elles, les chômeurs de plus ou moins longue durée découragés, mais aussi la zone dite du « travail au gris » de ceux cumulant indemnités et travail non déclaré.

La lisière est de plus en plus large, stérile et, pour le dire carrément, hostile au retour à l’emploi légal. Terrain vague du discours politique, elle accueille les marginaux d’une société qui les oublie, sortes d’halogènes de l’assurance chômage, véritables « portés disparus de l’activité », et que plus personne ne voit.

Chômage visible, chômage invisible…

Au-delà des drames personnels de telles situations, cette cécité est d’autant plus dommageable que nombreux sont ceux qui annoncent une stabilisation du chômage. De fait, les 192 000 emplois supplémentaires créés sur les douze derniers mois sont presque tous absorbés par la tendance démographique qui voit arriver dans un même temps 126 000 jeunes sur le marché du travail. Et ceux-ci sont plus nombreux que les départs à la retraite.

S’ajoute à ce jeu démographique, un effet dit « de flexion » – repéré de longue date par l’Insee mais difficilement mesurable -, d’incitation à se réinscrire à Pôle Emploi dès lors que des embauches émergent, et quand bien même ces dernières restent insuffisantes. L’exemple de la grande surface s’installant dans une zone à faible emplois et suscitant un mouvement d’inscriptions au chômage de personnes qui avaient renoncé à le faire depuis longtemps est devenu un cas classique.

Ainsi, entre « flexion » et « zones grises » du halo d’inactivité entourant le chômage, la démonstration d’une diminution réelle et durable du chômage est encore loin d’être avérée. La campagne présidentielle doit être l’occasion de parler en sincérité des chiffres et en honnêteté des discours de la façon de sortir du chômage massif et endémique. Le chômage des demandeurs d’emploi comptabilisés, comme celui de tous ces Français aujourd’hui invisibles.

François JEGER et Olivier PERALDI
Co-fondateurs de l’Institut Chiffres & Citoyenneté

 

 

Source : Insee enquête emploi 2016